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lundi 23 novembre 2015

Retour d’expatriation : les deux questions qui tuent !



Voilà 5 mois que je suis rentrée en France. Et pour être honnête, je suis heureuse d’être chez moi. Contrairement à certains expatriés qui vivent le retour en France comme une « punition », je me sens bien dans mes baskets en France. 

Les connaisseurs me diront que je suis encore dans la phase « lune de miel » du choc culturel inversé et ils ont sans doute raison. Il faut dire qu’il s’agit de ma seconde expérience en terme de retour. J’ai appris des erreurs commises lors de la première. Mes attentes sont réalistes et conformes aux chemins personnel et professionnel que je souhaite suivre.  De plus, je me suis réinstallée dans le même quartier que lors de notre dernier retour en France. Cela aide … logistiquement parlant.

La seule ombre au tableau vient sans doute des attentes que les autres ont parfois à mon égard. Par rapport à cela, j’ai noté une question que l’on me pose de manière récurrente : « tu vas chercher du travail ? »

Si la personne, qui me pose cette question, ne connait pas mon parcours et ne sait rien sur le milieu de l’expatriation, je ne lui en veux pas. Je résume rapidement la situation, j’explique quelle est mon activité professionnelle. 

En revanche, quand la question est posée par une personne qui sait, j’ai du mal à me contenir, car PUREE de PETITS POIS, je n’ai jamais cessé de travailler durant ces sept dernières années !!! Travailler pour soi, en son nom, indépendamment d’une entreprise, ça ne serait pas du travail ? 

J’ai parfois l’impression que ce qui sous-tend cette question, c’est : « c’est bien gentil ton activité, mais maintenant, il serait peut-être temps que tu te trouves un vrai boulot ». 
Rentrer en France, rentrer d’expatriation, voudrait dire, rentrer dans le rang ou plutôt dans le moule, celui du salariat. Le plus vite possible. Et pourtant, c’est souvent l’inverse qui se produit.

Mais le pire, au fond, ce sont ceux qui ne posent aucune question. Ceux qui font silence radio sur les aspects professionnels quand ils te voient. Ceux qui ne s’intéressent pas à ce que tu fais de tes journées parce qu’ils considèrent que cela n’a pas du beaucoup changé par rapport à ce que tu faisais à l’étranger, à savoir pas grand chose. En général, ce sont aussi ceux qui ne te posaient aucune question sur ce que tu faisais là-bas. L’indifférence perdure. Tu es rentrée. C’est bien. Et quand est-ce que tu repars ? C’est la question qu’ils te posent.

Et ça, c’est la deuxième question qui tue. 

A leurs yeux, tu es devenue celle qui n’est que de passage. Celle à qui, il ne faut pas trop consacrer de temps, car tu vas repartir, c’est fort probable.


Là, ça picote un peu au coin des yeux. Je crois que la phase « Lune de miel » est terminée. 

lundi 4 mai 2015

Interview avec Christelle Bourgeois, fondatrice de Calliframe

Calliframe Christelle Bourgeois
Christelle Bourgeois, créatrice de Calliframe

Dans le cadre de mes « interviews d’expat », je privilégie des parcours de qualité en fonction des demandes qui me sont faites mais aussi et surtout en fonction de mes envies et de mon souhait de montrer la diversité des expériences possibles. 
Dans le cadre de ces entretiens, je vous propose de rencontrer une femme expatriée, un expat auto-entrepreneur,  et très souvent les deux en même temps, afin de mieux comprendre la vie au quotidien en expatriation et parfois au retour de celle-ci (impatriation). Ces interviews démontrent que l’on peut être une conjointe d’expatrié, se réaliser professionnellement et avancer dans sa vie active. 


Ce mois-ci, j’ai rencontré Christelle Bourgeois, fondatrice de Calliframe : elle crée pour des femmes entrepreneurs expatriées ou non des sites internet sous WordPress.

Expat Forever : D’où êtes-vous originaire ?
Christelle Bourgeois : Je suis née en France en Picardie dans une jolie ville médiévale où j’ai passé toute mon enfance et où j’ai même enseigné pendant deux ans.

EF : Où vivez-vous actuellement et depuis combien de temps ?
CB : Cela fait cinq ans que je vis en Angola, un pays d’Afrique Lusophone. Ce pays est encore assez méconnu en Europe. On a tendance à l’associer à la guerre qui avait ravagée le pays, mais depuis la fin de celle-ci, le pays est en plein développement. C’est un endroit qui recèle de nombreuses richesses au sens littéral (pétrole, diamants...) mais aussi au figuré (culture, géographie...). Si le tourisme n’est pas encore développé, j’ai eu la chance de découvrir des paysages vierges et sublimes. Je crois beaucoup en l’avenir de l’Angola.

EF : Pouvez-vous retracer brièvement votre parcours d’expatriée ?
CB : Je ne sais pas si ça compte mais mon Capes en poche je suis tout de suite partie au Pays de Galles pour être assistante française. J’ai toujours aimé bouger et j’avais envie de vivre au Royaume Uni, pays cher à mon coeur.
J’ai ensuite passé 2 ans en France pour être titularisée et avoir un peu d’expérience en tant qu’enseignante.
Puis mon conjoint a eu l’opportunité de travailler près de Londres donc j’ai demandé une disponibilité pour le suivre.
Retourner outre-Manche était un rêve donc je n’ai pas hésité. J’ai pu enseigner pendant deux ans au Lycée Français de Londres. Un réel honneur. Mon rêve de petite fille se réalisait : enseigner le Latin et le Grec en Angleterre ! Drôle de rêve, non ?
Mon conjoint a ensuite eu une proposition de travail. Deux en réalité : c’était Paris ou l’Angola. Pour moi il n’y avait pas de doute : Angola! J’avais de toute façon déjà réalisé mon rêve et à cette période je commençais à avoir quelques doutes sur ma carrière professionnelle. Même si enseigner, passer des connaissances à d’autres, me passionne, je n’étais plus très sûre du public auquel je souhaitais enseigner. J’ai essuyé quelques déceptions et je commençais à me poser des questions.

EF : Dans quel état d’esprit êtes-vous partie la première fois en expatriation et avec quels objectifs ?
CB : L’ Angola n’était donc pas la première expatriation à proprement parler, mais la première lointaine. Celle aussi qui était la plus éloignée des codes de la culture européenne.
Je partais donc avec l’objectif de découvrir une nouvelle culture, d’avoir de nouvelles habitudes, de tenter l’expérience africaine.
J’avais passé deux semaines dans un petit village en Mauritanie quand j’avais 10 ans. Là bas, j’avais pu me promener dans les rues, aller au marché avec ses étales de viande recouverte de mouches. Les tissus, les épices, les couleurs... Cela m’avait marquée et plu donc même si je ne savais pas à quoi m’attendre en Angola, l’idée d’aller en Afrique me plaisait.

EF : Quelles difficultés avez-vous rencontré lors de votre installation en Angola ?
CB : La première difficulté fut de trouver un logement. Nous faisions partie des premiers couples à être gérés par la société de mon conjoint donc trouver un appartement fut assez compliqué. En outre il y a cinq ans il n’y avait quasiment pas de bâtiments neufs dans Luanda. Les logements étant extrêmement chers, il y avait également un budget à respecter. Nous avons passé deux mois et demi dans une chambre d’hôtel très propre mais très sombre et à la fin je tournais en rond. Je ne pouvais pas cuisiner ou m’installer vraiment.
Grâce à un coup du sort (bouche à oreille et pur hasard) nous avons trouvé notre appartement actuel qui est vraiment agréable et cela a contribué à nous faciliter la vie ici.

EF : Souhaitiez-vous travailler lors de votre arrivée ?
CB : Je souhaitais travailler. Il me semblait inconcevable de ne pas gagner ma vie. J’avais contacté le lycée français sur place et j’ai pu enseigner l’anglais pendant un an. Mais je m’éteignais. Je sentais que quelque chose n’allait pas professionnellement et je n’ai pas souhaité poursuivre l’année suivante. En outre il n’y avait pas de poste de Lettres. Et quand il y en a eu un quelques années après, c’était un poste d’expatrié et je n’avais pas le droit de postuler puisque j’habitais déjà dans le pays... La logique des administrations françaises...
J’ai donné des cours particuliers mais j’ai aussi souhaité faire le point sur ce que je pouvais faire d’autre. Ce fut très compliqué car je ne pensais pouvoir qu’enseigner. J’ai eu une période difficile où je me suis sentie seule, sans talent, sans confiance en moi et surtout en ayant l’impression que je ne savais rien faire sinon être prof.
Le responsable du CIO à la fac me l’avait dit: "Avec une maîtrise de Lettres Classiques, vous ne pouvez rien faire d’autre que prof." La sentence avait été sans appel. Alors que je me rends compte maintenant que cette voie est très riche et qu’elle permet de bâtir des bases solides et d’avoir des compétences en de nombreux domaines. Sur ce point les anglo-saxons sont moins "narrow- minded" et reconnaissent les capacités des littéraires même dans le monde de l’entreprise.
De même, lorsqu’on réussit un concours, on a un chemin tout tracé et aucune question à se poser. Pas besoin de chercher un emploi non plus. On est en quelque sorte protégé. Donc le jour où on souhaite sortir de ce cadre, l’inconnu est effrayant. Que puis-je faire ? Où aller ?
J’ai suivi une formation avec une coach qui m’a aidée à me poser les bonnes questions et à réévaluer mes priorités. Cela a été un vrai déclic.
C’est tout naturellement que je me suis tournée vers les nouvelles technologies car déjà dans mon métier de prof j’essayais de les utiliser un maximum. En outre je me souviens avoir créé une sections Lettres Classiques sur le site d’un des lycées où j’avais enseigné et c’est en général aussi vers moi que mes collègues se tournaient lorsqu’elles avaient un souci technique. J’adorais résoudre leurs problèmes. J’adorais apporter de l’information via internet.

EF : Vous avez créé en 2014 un projet professionnel nomade qui s’appelle Calliframe. Comment et pourquoi avez-vous été amenée à développer un tel projet ?
CB : Je me souviens que j’avais essayé de créer un site pour parler de ma vie en Angola lors de ma première année. Et je n’avais vraiment pas trouvé ça facile. Les histoires d’hébergement, de nom de domaine, tout cela était complexe. Puis suite à mon coaching en 2013, j’ai découvert WordPress. WordPress permet d’avoir un site auto-hébergé et de construire un site à son image et surtout de l’éditer assez facilement. J’étais sous le charme. J’ai donc approfondi mes connaissances sur le sujet et souhaitant faire des choses de plus en plus spécifiques, j’ai commencé à coder.
J’ai découvert de nouveaux langages et je pense que ça m’a tout de suite plu car comme en latin, grec ancien ou sanskrit, il y a une logique derrière le code. Même si le code s’apprend (surtout en pratiquant) il y a quelque chose là dedans qui résonnait en moi.
Outre le côté technique, le côté graphique m’a également attirée. Quand j’étais plus petite, j’aimais faire de l’aquarelle, de la calligraphie, du dessin avec des pastels. C’est donc avec un grand intérêt que je me suis tournée vers l’apprentissage de logiciels de retouches ou de créations graphiques.
Le web design regroupait toutes les compétences qui existaient déjà en moi et qui me faisaient vibrer.
Je me suis donc formée intensément à ces technologies et continue encore car j’adore apprendre et dans ce domaine, l’apprentissage ne s’arrête jamais !
En outre comme nous souhaitons continuer l’expatriation avec mon conjoint, je peux exercer mon activité n’importe où. Pas besoin d’attendre qu’un poste se libère dans un lycée. J’aime cette sensation de liberté et d’avoir également le contrôle sur mon métier.

EF : Quels genres de services proposez-vous et à qui s’adressent-ils ?
CB : Je me suis rendue compte que je n’étais pas la seule à m’être posée des questions sur mon avenir professionnel lors de mon expatriation. Beaucoup de femmes expatriées se remettent en question, doutent ou au contraire ont des projets. Certaines ont des hobbies qui prennent tellement d’ampleur que finalement elles se professionnalisent.
A l’ère du numérique, que l’on souhaite faire partager sa passion ou vendre ses services, il est essentiel d’avoir un site internet. Et surtout si on souhaite vraiment avoir l’air Pro, bien construire son site dès le début évite de perdre énormément de temps.
J’aide donc des femmes entrepreneurs expatriées ou non à créer LE site internet qui saura les mettre en valeur et être en phase avec leurs services et leur audience. Je les aide à déterminer leur style pour qu’elles se créent une identité en ligne, une marque reconnaissable au premier coup d’oeil. Je mets en place leur site en utilisant WordPress pour leur laisser un maximum de flexibilité sur leur contenu. J’aspire à créer des sites qui correspondent à la personnalité de ma cliente mais aussi qui s’adressent à leur audience. J’aime que les choses soient belles mais surtout fonctionnelles. Le but étant de faire grandir leur communauté, de se faire connaître en ligne et d’avoir un outil solide pour le faire.
Ma démarche vise à les dispenser du côté technique qui peut-être à la fois chronophage et déconcertant mais aussi à les conseiller pour qu’elles aillent dans la bonne direction dès le début. C’est là je pense que mon côté pédagogique ressort car j’aime écouter, comprendre et expliquer les choses simplement pour que la personne en face de moi se sente à l’aise et comprise.
En plus de mes services, j’écris des articles sur mon blog afin que les femmes qui souhaitent se lancer dans l’aventure du numérique puissent trouver des ressources et des conseils faciles à mettre en pratique.

EF : D’un point de vue personnel mais aussi professionnel, quels avantages trouvez-vous dans la réalisation d’un tel projet ?
CB : D’un point de vue personnel, je suis plus en phase avec moi même. Devoir créer et apprendre sans cesse , cela est très stimulant!
D’un point de vue professionnel, cela me permet d’ajouter une corde à mon arc. J’ai certes un parcours atypique et qui contient deux disciplines diamétralement opposées néanmoins je crois qu’elles se recoupent et elles me permettent de me bâtir un background solide.
Dans tous les cas, ce changement de situation m’a permis de me rendre compte qu’on a tous des capacités et qu’on n'est pas obligé de s’enfermer dans une profession.

EF : Et selon vous, quels sont les inconvénients ?
CB : Les inconvénients c’est que lorsqu’on se met à son compte, il faut savoir tout faire. Donc ce n’est pas le tout d’être doué dans son domaine, mais il faut aussi revêtir plusieurs casquettes. Savoir communiquer, vendre, faire la comptabilité etc. C’est aussi ne pas forcément avoir un revenu régulier tout le temps. La sécurité de l’emploi n’est pas assurée. Néanmoins dans ces inconvénients, j’y vois toujours une force car je n’aurais jamais découvert tout ça si je n’avais pas changé de voie donc même si un jour l’aventure devait s’arrêter, j’aurais énormément appris.
L’autre inconvénient, c’est de faire comprendre à son entourage que non, on n’a pas raté sa vie parce qu’on n’a pas suivi la voie toute tracée par ses études. Le monde professionnel est en plein bouleversement et en tant qu’expatriée on ne rentre pas dans un moule. Il est donc normal de se réinventer professionnellement.

EF : Pensez-vous que l’expatriation rende la gestion de votre projet plus difficile ou au contraire plus facile ? Pourquoi ?
CB : Dans mon cas l’expatriation est ce qui a rendu ce projet possible. L’expatriation pour la conjointe peut signifier avoir du temps pour soi. C’est donc à soi de mettre à profit tout ce temps alloué. En outre, l’expatriation permet d’être avec des personnes qui vivent les mêmes problématiques donc on se sent soutenue, on se sent moins seule et on peut partager nos expériences.

EF: Que conseillerez-vous à d’autres femmes qui s’apprêtent à suivre leur conjoint à l’étranger pour la première fois ?
CB : Si c’est pour la première fois, et si elles peuvent avoir du temps pour elles lors de l’expatriation, je leur conseillerais d’abord de profiter de leur nouvel environnement. Après tout s’implanter dans un nouveau pays peut être déstabilisant donc autant bien connaître son environnement. Inscrivez-vous dans des alliances françaises si vous devez apprendre la langue de votre pays d’accueil, allez à des cafés rencontre, visitez la ville et le pays. C’est ce que j’appellerais la phase d’adaptation.
Ensuite selon les rencontres que vous allez faire, des opportunités vont se créer que ce soit via une association, un club, une activité sportive. Petit à petit vous allez trouver votre place et participer à la vie de votre communauté.
Enfin, n’hésitez pas à proposer vos services aux expatriés qui vous entourent, à vous faire connaître et si vous n’avez pas d’activité, cherchez ce qui vous plairait d’accomplir pendant cette expatriation. N’hésitez pas à vous former aussi. Commencer un blog est également une bonne idée car on ne sait jamais où cela va vous emmener. Je crois aussi qu’il est important de montrer sur votre CV que votre expatriation a été l’occasion de découvrir de nouvelles compétences même si elles sortent du cadre de votre formation initiale.

EF: Quels conseils donneriez-vous à d’autres conjoints accompagnateurs souhaitant développer ou poursuivre une activité professionnelle nomade ?

CB : Trouvez votre idée, celle qui vous fait vibrer. Etablissez un plan d’action sur comment la mettre en place. Demandez vous : Quelle est mon audience ? Que puis-je apporter ? Comment m’y prendre ? Il faut bien sûr un peu de préparation mais surtout lancez-vous ! Étant perfectionniste moi-même je me suis freinée inutilement par moments. C’est dans l’action qu’on apprend le plus. AGISSEZ !

Merci Christelle pour ce partage d'expérience très riche et vos conseils. 
Vous pouvez retrouver Christelle sur son site internet Calliframe, mais aussi sur  Facebook et Twitter ! 

Partageons nos expériences pour mieux vivre notre expatriation. 

lundi 12 janvier 2015

Interview avec Isabelle Guglielmi, fondatrice d'Amériksanté

Isabelle Gugliemi

Dans le cadre de mes « interviews d’expat », je privilégie des parcours de qualité en fonction des demandes qui me sont faites mais aussi et surtout en fonction de mes envies et de mon souhait de montrer la diversité des expériences possibles. Dans le cadre de ces entretiens, je vous propose de rencontrer une femme expatriée, un expat auto-entrepreneur,  et très souvent les deux en même temps afin de mieux comprendre la vie au quotidien en expatriation et parfois au retour de celle-ci (impatriation). Ces interviews démontrent que l’on peut être une conjointe d’expatrié, se réaliser professionnellement et avancer dans sa vie active. 


Ce mois-ci, j’ai rencontré Isabelle Guglielmi, pharmacienne et fondatrice d’Amériksanté qui s’adresse aux francophones qui vivent ou voyagent aux Etats-Unis.

Expat Forever : Bonjour Isabelle. D’où êtes-vous originaire ?
Isabelle Guglielmi : Bonjour Véronique et merci de m’accueillir sur votre blog. Je suis née à Versailles,et j’y ai grandi jusqu’à l’âge de 11 ans. Puis, nous sommes partis habiter Lyon. J’y ai fait tout mon collège, mon lycée et mes études supérieures … donc je me sens beaucoup plus lyonnaise. Je suis mariée et j’ai quatre enfants.

EF : Où vivez-vous actuellement et depuis combien de temps ? 
IG : Nous habitons dans la banlieue de Kansas City aux Etats-Unis. La ville se situe dans l’État du Missouri mais nous vivons dans l’État du Kansas à 10 kilomètres.

EF : Pouvez-vous retracer brièvement votre parcours d’expatriée?
IG : Je suis d’abord partie en Suisse pour effectuer mon stage de fin d’études de pharmacie. En 1995, je suis partie avec mon mari en CSN au Maroc à Casablanca. Nous y sommes restés 16 mois. L’entreprise avec laquelle mon mari était parti en CSN l’a embauché et nous avons atterris à Grenoble que je ne connaissais pas et que j’ai du découvrir.
C’est aussi cette même entreprise qui nous a envoyés en décembre 1999, à Taïpei (Taiwan). Nous y sommes restés trois ans et demi. Ce fut une expérience très forte que de vivre dans un environnement chinois. En 2003, nous revenions à Grenoble avec un enfant en plus (la 3ème était née là-bas). Nous avons eu cinq ans d’interlude en France et nous avons déménagé en novembre 2008 dans la Baie de San Francisco, toujours en tant qu’expatriés avec la même entreprise. Nous y sommes restés un peu moins de trois ans. En 2011, mon mari a eu une proposition d’embauche dans une autre entreprise et notre famille a atterri à Kansas City. Cette fois-ci, nous n’avions plus du tout le statut d’expatrié.

EF : Dans quel état d’esprit êtes-vous partie la première fois en expatriation et avec quels objectifs ?
IG : Au début, ma plus grande motivation était de découvrir de nouveaux horizons. C’était la même chose pour mon mari. Notre première expérience commune au Maroc nous a donnés le goût des voyages et des découvertes. Nous avons été piqués par le virus de l’expatriation. Nous avons donc saisi la première occasion pour repartir et même si Taipei ne faisait pas rêver, notre objectif était d’aller découvrir de nouvelles cultures et de vivre une vie différente.

EF : Quelles difficultés avez-vous rencontré lors de votre installation aux Etats-Unis ?
IG : Je pense qu’il y a deux choses qui m’ont freinée à mon arrivée en Californie. 
Arrivée en milieu d’année scolaire, j’ai eu beaucoup de mal à m’intégrer les premiers temps et à trouver mes marques. 
Je crois que je n’étais pas prête à assumer le choc culturel. Et pourtant, j’en avais déjà vécu un de taille à Taiwan 8 ans auparavant. Mais le choc rencontré en Californie était plus incidieux. Finalement j’ai mis du temps à comprendre les codes de mon environnement.
Il y avait tout à recréer : des amitiés, des repères et des habitudes de vie. Je crois que je m’y suis très mal prise la première année, mais ensuite, j’ai pu apprécier le mode de vie et l’environnement exceptionnel de la Californie.
Je crois aussi que cette arrivée aux Etats-Unis coïncidait aussi avec une grande période d’incertitude personnelle : je venais d’avoir un quatrième enfant, j’avais terminé un nouveau cycle d’étude à l’IAE de Grenoble et j’aurai aimé reprendre ma carrière. Cette expatriation remettait en cause cette reprise.

EF : Souhaitiez-vous travailler lors de votre arrivée ?
IG : Oui et non. Je me sentais débordée dans cette nouvelle vie et avec quatre enfants, des accompagnements à faire, un petit garçon de deux ans. Je ne voyais pas comment je pouvais m’en sortir avec un travail. Il m’a donc fallu d’abord m’acclimater à cette nouvelle vie. La seconde année, mon petit dernier est entré à l’école, j’avais donc plus de temps et je me suis investie dans l’association des parents d’élèves (PTA) de l’école franco-américaine de mes deux derniers. Cela me prenait pas mal de temps. A la fin de l’année, j’ai décidé de continuer et même de prendre encore plus de responsabilités, en devenant présidente du PTA. Mais, c’est à ce moment-là, que j’ai commencé à vouloir créer quelque chose. Je me suis rendue compte que je ne m’épanouissais pas du tout dans cette activité bénévole car elle était très prenante et peu gratifiante.

EF : Vous avez créé en 2013 un projet professionnel nomade qui s’appelle AmérikSanté. Comment et pourquoi avez-vous été amenée à développer un tel projet ?
IG : Je suis docteur en pharmacie avec un diplôme français. Celui-ci n’est pas reconnu aux Etats-Unis. Pourtant, j’ai beaucoup d’amies qui me demandent des conseils. Aux Etats-Unis, on trouve des médicaments partout, mais personne n’est là pour les présenter et donner des conseils appropriés pour les utiliser. De plus, l’offre est déroutante. En apparence, il y en a beaucoup, mais dans les faits, l’offre est plus restreinte et moins souple qu’en France par exemple. Il faut donc pouvoir composer et aussi éviter certains pièges dus à la présence en vente libre de nombreux médicaments potentiellement dangereux. L’idée de faire un site web de conseils santé est née de ce constat mais il m’a fallu du temps pour formaliser ce projet ainsi que les services que je pouvais offrir.


EF : Justement, quels genres de services proposez-vous et à qui s’adressent-ils ? 
IG : Mes services s’adressent aux francophones qui vivent ou voyagent aux Etats-Unis. J’ai rassemblé des conseils généraux mais aussi ciblés dans deux ebooks :

Ils sont tous deux en vente sur mon site AmerikSanté au format pdf et sur Amazon au format mobi (Kindle).
En 2015, je souhaite élargir mon offre de services de manière plus directe car j’ai souvent des questions par e-mail. J’aimerais aussi publier en version électronique et papier un troisième guide pratique sur l’auto-médication aux Etats-Unis. 

EF : D’un point de vue personnel mais aussi professionnel, quels avantages trouvez-vous dans la réalisation d’un tel projet ?
IG : D’un point de vue personnel, j’ai énormément appris sur moi-même grâce à ce projet. Je choisis ce que je dois faire et c’est un avantage dans ma vie de tous les jours : cela m’apporte donc beaucoup de satisfactions et d’épanouissements. 
D’un point de vue professionnel, je pense que cela me permet de concilier ma vie de famille et ma profession. Je suis donc plus adaptable et au final, cela me permet de pouvoir mener de front cette activité et ma vie de famille. 

EF : Pensez-vous que l’expatriation rende la gestion de votre projet plus difficile ou au contraire plus facile ? Pourquoi ?
IG : Tout d’abord, je pense que sans l’expatriation, je n’en serais jamais arrivée là car je n’aurais pas eu à me remettre en question de la sorte. 
Plusieurs facteurs m’ont poussée à me lancer dans l’auto-entreprenariat : 
  • le fait de rencontrer des gens qui étaient déjà dans cette démarche-là : la Silicon Valley était un vivier d’initiatives en tout genre, notamment chez les femmes expatriées francophones.
  • être expatriée m’a incitée à m’intéresser aux techniques du web, à lancer mon propre blog (au départ, mon blog d’expat FromSide2Side) et à rencontrer via ce réseau des femmes dans le même cas que moi, comme vous par exemple (je pense que vous avez été la première). J’ai compris que j’avais un message à faire passer, que les techniques modernes pourraient m’aider.

Grâce à tout cela, je peux dire que oui, l’expatriation m’a aidé à me lancer. 
Mais ma situation géographique a parfois tendance à me freiner. Mes services s’adressent à des expatriés et à des voyageurs. Il y en a peu à Kansas City, où, il n’y a pas d’organisation d’accueil expatriés et où peu de voyageurs se rendent. La ville est très isolée en plein centre des Etats-Unis.  Je dois donc aller au delà et me faire connaître via le web. 
De plus et surtout, je n’ai pas de réseaux locaux où je peux me ressourcer et discuter de ma situation avec d’autres. Je pense toujours à la Silicon Valley, où des femmes en situation d’auto-entreprenariat se rencontrent régulièrement pour partager leurs problématiques. Cela me manque beaucoup. 

Q: Que conseillerez-vous à d’autres femmes qui s’apprêtent à suivre leur conjoint à l’étranger pour la première fois ?
IG : Je leur dirais que leur vie professionnelle ne doit pas s’arrêter avec ce départ et que grâce à l’époque  que nous vivons, il est possible de se réinventer. Il faut être solide dans sa tête et arriver avec un esprit ouvert en saisissant toutes les opportunités qui s’offrent à nous. Il faut savoir trouver cette petite étincelle qui se trouve en nous … et oser… 

EF: Quels conseils donneriez-vous à d’autres conjoints accompagnateurs souhaitant développer ou poursuivre une activité professionnelle nomade ?
IG : Mon premier conseil serait de bien définir ce qu’elles veulent développer mais aussi et surtout  de planifier, de mettre en place des stratégies de réussite en étant très claire. Ce n’est pas toujours facile et entre l’idée et la réalisation, il peut se passer beaucoup de temps. 
Mon deuxième conseil est d’ être ouverte aux nouvelles technologies et de ne pas hésiter à demander conseils. 
Enfin, la réalisation d’un tel projet ne peut pas se faire seule. Depuis deux ans, plusieurs professionnelles m’ont aidées pour mettre en place le site, mais aussi des coachs de vie qui m’ont permis d’y voir clair dans mon intention et mon positionnement par rapport à ma vie de famille notamment. Je compte encore me faire accompagner car c’est une démarche qui est difficile à mettre en place seule et à maintenir seule. 

Merci Véronique de m’avoir reçu sur votre blog Expat Forever. 

Merci Isabelle pour votre témoignage et bonne continuation. 

Vous pouvez suivre aussi Isabelle et son site Amériksanté sur sa page Facebook et son compte twitter : @ameriksante


Partageons nos expériences pour mieux vivre notre expatriation. 

lundi 1 décembre 2014

Interview avec Virginie Jocteur, fondatrice d'Optimexpat

Virginie Jocteur, fondatrice d'OptimExpat
Virginie Jocteur

Je reprends aujourd’hui mes interviews d’expat entrepreneur. Vous avez sans doute remarqué qu’ils sont beaucoup moins réguliers qu’auparavant. La raison principale est que je souhaite privilégier des parcours d’expat de qualité en fonction des demandes qui me sont faites mais aussi et surtout en fonction de mes envies et de mon souhait de montrer la diversité des expériences possibles. 


Dans le cadre de ces entretiens, je vous propose de rencontrer une femme expatriée, un expat auto-entrepreneur,  et très souvent les deux en même temps afin de mieux comprendre la vie au quotidien en expatriation et au retour de celle-ci (impatriation). Ces interviews démontrent que l’on peut être une conjointe d’expatrié, se réaliser professionnellement et avancer dans sa vie active. 


Ce mois-ci, j’ai rencontré Virginie Jocteur, fondatrice d'Optimexpat, qui propose des services d’accompagnement professionnel aux conjoints d’expatriés.

Expat Forever : D’où êtes-vous originaire ?
Viginie Jocteur : Je suis originaire de Normandie, mais j’ai beaucoup déménagé en France avant de me stabiliser dans le Nord.

EF : Où vivez-vous actuellement et depuis combien de temps ? 
VJ : Suite à notre expatriation, je suis rentrée dans la région Lilloise en juillet 2013. Dans cette région,  j’ai retrouvé mes contacts et ma famille avec un grand plaisir.

EF : Pouvez-vous retracer brièvement votre parcours d’expatriée?
VJ : J’ai suivi mon conjoint à l’été 2010 pour une expatriation en Roumanie. Nous avons vécu à Bucarest avec nos enfants pendant trois belles années. Notre choix a été de revenir à la fin de la mission plutôt que de la prolonger comme cela nous a été proposé. Cela n’a pas été facile de prendre cette décision, mais nous ne la regrettons pas.

EF : Dans quel état d’esprit êtes-vous partie en Roumanie et avec quels objectifs ?
VJ : J’étais un peu inquiète, car je quittais mon emploi pour devenir « femme au foyer ». J’avais jusque-là toujours travaillé et j’aimais cela ! Mais, j’étais également motivée par cette aventure qui ouvrait selon moi, le champ des possibles et bousculait nos habitudes.
J’ai décidé de prendre des cours de langue roumaine, bien que l’anglais soit très parlé à Bucarest, pour mieux comprendre ce pays et sa culture, à défaut de vraiment m’y intégrer à long terme.

EF : Quelles difficultés avez-vous rencontré lors de votre installation en Roumanie ?
VJ : Me retrouver face à moi-même. La fameuse courbe de l’expatriation… passée la phase de découverte un peu joyeuse, la perte des repères liés à mon activité professionnelle d’avant a été un peu difficile. 
Jusqu’à ce que je trouve les ressources en moi, et que je réalise la chance d’avoir du TEMPS ! J’ai compris que le vrai luxe pour moi, était d’avoir enfin la possibilité de respirer et de penser à mon présent… et mon avenir. J’ai alors décidé de construire mon parcours et de profiter de ce temps qui ne m’était pas accessible auparavant.

EF : Souhaitiez-vous travailler en Roumanie ?
VJ : En arrivant j’y ai pensé, puis, j’ai renoncé. Peut-être par peur de ne pas être à la hauteur… ou par envie de vivre autre chose pendant cette période de vie.

EF : Vous avez créé en 2014 un projet professionnel nomade qui s’appelle Optimexpat. Comment et pourquoi avez-vous été amenée à développer un tel projet ?
VJ : En revenant d’expatriation, j’avais en poche un diplôme Master 2 en Management des Organisations obtenu en juin 2013. Cette formation en e-learning suivie à partir de la Roumanie, m’a permis de faire un stage de six mois en ONG locale. 
Travailler en milieu interculturel et reprendre mes études, m’a aidé à me réaliser et à me dépasser.
Quand j’ai souhaité postuler aux offres d’emploi en France, mon CV était en phase et la période d’expatriation n’y faisait pas un trou de 3 années.
Mais… une idée a germé… j’avais envie (ou besoin), de créer ma propre société. Mon expérience professionnelle de 12 ans en accompagnement professionnel (orientation, recherche d’emploi…), et mon expérience de l’expatriation m’ont alors inspiré ce projet qui est devenu une évidence : proposer des services d’accompagnement professionnel pour les conjoints d’expatriés, qui soient accessibles à distance.
Il y a un vrai besoin dans ce domaine, sachant que la majorité des conjoints quittent un emploi pour aller vivre à l’étranger, et que cela créé des ruptures voire des changements profonds de parcours.

OptimExpat - L'accompagnement au-delà des frontières

EF : Quels genres de services proposez-vous et à qui s’adressent-ils ? 
VJ : Les services que je propose s’adressent aux conjoints d’expatriés qui souhaitent être aidés, pendant ou après l’expatriation, dans leur réflexion sur leur projet professionnel ou sur leurs démarches de recherche d’emploi.
L’accompagnement se fait par rendez-vous fréquents sur skype, et également par les échanges de documents partagés, mails, téléphone… la technologie permet d’effacer la distance, et d’être toujours suffisamment en proximité pour faire du sur-mesure.
Ma démarche concerne les expatriés qui ont besoin de clarifier leurs projets, grâce à un bilan de compétences. Pour cela, je m’appuie notamment sur l’utilisation du logiciel de bilan Transférence, qui a été développé par l’Université de Laval au Québec, et est utilisé par de nombreux centres de formation et cabinets conseils en France.
Elle concerne également les personnes qui vont revenir en France d’ici quelques mois et qui souhaitent anticiper leur retour en préparant leurs outils et méthodes de recherche d’emploi, en fonction du métier et du lieu du retour, préparer les entretiens futurs et surtout valoriser les compétences acquises durant l’expatriation.
J’accompagne aussi les personnes revenues d’expatriation, qui souhaitent être aidées dans la définition d’un projet et dans leur recherche d’emploi. Actuellement, j’accompagne des personnes qui sont revenues en province et ne trouvent pas forcément d’interlocuteur adapté dans leur région. Savoir valoriser la période de vie à l’étranger et aider les personnes à bien se positionner et se valoriser, font partie des atouts des outils que j’ai développé. 

Mes objectifs sont :
  • de permettre aux conjoints d’expatriés de faire des choix de métiers qui les motivent, être plus sûrs d’eux et plus performants dans leurs démarches.
  • de faire évoluer les pratiques de mobilité internationale des entreprises, en améliorant la prise en compte des conjoints.

Les financements de ces services peuvent se faire par les entreprises qui expatrient les familles (dans le cadre des packages conjoints), et également à titre personnel par les particuliers.

EF : D’un point de vue personnel mais aussi professionnel, quels avantages trouvez-vous dans la réalisation d’un tel projet ?
VJ : D’un point de vue personnel, m’investir dans cette activité me donne la possibilité de développer un projet qui est une rencontre entre mon expérience professionnelle et personnelle. Je comprends  les besoins et problématiques rencontrées par les personnes que j’accompagne, et leur propose des solutions professionnelles adaptées. Aider mes clientes à faire émerger des projets qui leur tiennent à cœur, à reprendre confiance et à retrouver un emploi est très motivant et épanouissant. 
Professionnellement, j’ai énormément appris de cette création d’entreprise. Il y a une vraie nécessité à être polyvalent et capable de décisions. J’ai ainsi développé des compétences dans des domaines très variés tels que la communication, le commercial, la gestion… j’ai aussi appris à organiser mon travail sans avoir de cadres fixes tels que des horaires de bureau.

EF: Que conseillerez-vous à d’autres femmes qui s’apprêtent à suivre leur conjoint à l’étranger pour la première fois ?
VJ : Chaque situation est différente, mais le premier conseil que je donnerai à quelqu’un qui s’apprête à partir, c’est de communiquer avec son conjoint. C’est important que cette expatriation soit bien un choix des deux époux, elle implique des tels changements que le dialogue et la compréhension sont primordiales, pour que chacun s’épanouisse et trouve sa place.
Le second conseil, serait de préparer l’expatriation afin de ne pas être trop atteinte par le fameux choc culturel une fois sur place. Quant au retour en France, je conseille aussi de l’anticiper.

EF: Quels conseils donneriez-vous à d’autres conjoints accompagnateurs souhaitant développer ou poursuivre une activité professionnelle nomade ?
VJ : Avoir une activité nomade signifie bien souvent développer son propre business, qui nous suit partout où l’on va. Je leur conseille de se faire accompagner dans cette démarche, car seul on peut vite être dépassé. Du contact et du dialogue avec d’autres professionnels, naissent bien souvent de bonnes idées et les bons conseils.
Il faut aussi se sentir capable de travailler seul. Rares sont les activités nomades qui permettent d’avoir des collègues.

EF : Vous avez créé votre entreprise à votre retour en France. Aujourd’hui, compte tenu de votre expérience, seriez-vous prête à repartir à l’étranger si l’occasion se présentait  à nouveau ?
VJ : Pour le moment notre choix de revenir en France nous convient. L’expatriation nous a nourris et changés, nous ne vivons plus les choses de la même façon qu’avant. Je crois que cela nous a permis de relativiser les tracas quotidiens et donné envie de redécouvrir notre pays et notre culture avec ce regard neuf. Mais, à terme, si une opportunité de vivre à l’étranger se présente nous serons contents de repartir à l’aventure.

Merci Virginie et bonne continuation. 

Vous pouvez aussi suivre Virginie sur la page Facebook Pro d'Optimexpat. 


Partageons nos expériences pour mieux vivre notre expatriation. 

lundi 6 mai 2013

Un livre pour développer un projet professionnel nomade



J’ai déjà parlé sur ce blog du livre A Career In Your Suitcase de Jo Parfitt. Sa lecture a joué un rôle dynamisant dans la mise en place et le développement de mon activité d’écrivain indépendante. Je le recommande à tous les conjoints expatriés et auto-entrepreneurs nomades. 

La grande et bonne nouvelle, c’est que la quatrième édition vient de sortir. A cette occasion, Jo Parfitt s’est associée à Colleen Reichrath, consultante en développement de carrière, elle-même expatriée et auto-entrepreneur. La nouvelle version, revue et augmentée avec plus de vingt exercices pratiques, couvre les sujets suivants : trouver sa passion, développer une marque, réseauter en ligne et en vrai, promouvoir son business et bien plus. Le livre est aussi largement agrémenté de témoignages et d’études de cas. 

Si vous êtes encore hésitant(e)s, sachez que si vous achetez la dernière édition de A Career In Your Suitcase en version Kindle entre le 12 et 16 mai sur l'un des sites Amazon, il ne vous en coûtera rien, car les auteurs y organisent un giveaway entre ces deux dates précises. 

Bonne lecture !

dimanche 24 février 2013

Interview avec une conjointe d'expat auto-entrepreneur : Davina Vernet, photographe, témoigne


Davina Vernet

Après quelques mois d’interruption pour cause de nouvelle expatriation, je reprends mes interviews de conjoint accompagnateur ayant une carrière nomade. 


En effet, une fois par mois, Expat Forever vous propose de rencontrer une femme expatriée, un expat auto-entrepreneur ou parfois les deux en même temps afin de mieux comprendre la vie au quotidien en expatriation. Ces interviews démontrent que l’on peut être un conjoint d’expatrié et se réaliser professionnellement. 
Ce mois-ci, j’ai rencontré Davina Vernet qui est photographe professionnelle et multi-expat. Tout comme moi, elle vient de s’installer à Shanghai et a repris son activité professionnelle. 


Expat Forever: Bonjour Davina. D’où es-tu originaire ?

Davina Vernet : Je suis originaire de Lille, dans nord de la France, où j'ai vécu pendant 26 ans.

EF : Où vis-tu actuellement et depuis combien de temps ? 

DV : Je vis à Shanghai depuis le mois de septembre 2012.

EF : Est-ce ta première expatriation ? 

DV : Non, ce n'est pas ma première expatriation. J’ai quitté la France en 1998 pour aller vivre 18 mois aux Philippines. J’étais alors enceinte de mon premier enfant. A la suite de ce premier séjour à l’étranger, nous sommes retournés vivre à Paris pendant quatre ans et j’y ai eu mon deuxième enfant. Par la suite, nous avons déménagé aux Etats-Unis, à Indianapolis dans l’Indiana, où nous sommes restés quatre ans, puis direction New York pendant deux ans et demi. Nous sommes alors rentrés en France pendant seulement 10 mois, puis Londres encore 10 mois et finalement nous avons atterri à Shanghai en septembre 2012. 

EF : Tu es photographe. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus sur ton activité ?

DV : Une photo c'est toujours un souvenir unique. Que ce soit un événement particulier ou un instantané pris sur le vif, et pour moi toutes les occasions doivent être utilisées pour perpétrer des souvenirs. Pourquoi ne pas réunir une bande de copains qui viennent d'obtenir le bac et fixer cet instant avant le grand saut dans l’âge adulte ? Ou marquer le coup lors d’un départ, malheureusement le lot annuel des expatriés, en réunissant sur le papier glacé tous ceux qui ont partagé ce séjour à l'étranger ? C’est un cadeau merveilleux, et qui fait vraiment plaisir … Pensez aussi aux visites de copains ou de parents. Quelle émotion d'immortaliser ainsi les petits-enfants avec leurs grands-parents, et des fous rires garantis avec les copains ! 
Dans un portrait, je cherche toujours à capter un regard, une complicité, une osmose parfois... Croyez-moi, c'est inoubliable, et pas seulement pour le résultat, mais aussi pour les moments ainsi partagés. Tantôt drôles, tantôt émouvants, parfois insolites, mon travail c’est de rendre le shooting toujours magique !

EF : A priori, ton métier semble plutôt bien s’adapter à l’expatriation sur le mode récurrent. Néanmoins, quelles difficultés rencontres-tu pour te réadapter professionnellement à chaque nouvelle expatriation ?

DV : J'apprends des tas de choses à chaque expatriation, du coup je suis devenue une experte en "remontage de boîte" !
Les expatriés ont des besoins différents en fonction du pays où ils se trouvent. J’ai remarqué au fil de mes différentes expatriations que plus les personnes habitent loin, plus elles veulent avoir des photos pour envoyer à la famille, aux amis et avoir des souvenirs. 
Ainsi quand je suis dans un pays moins en demande de shootings, j'en profite pour faire des stages et même une école de photo. Ce métier me passionne et j'aime en apprendre plus. 

EF : Et par exemple, dans quels pays as-tu fait des formations complémentaires en photographie ? 

DV : A New York j'ai suivi une formation Photoshop à l'International Center of Photography. A Paris j'ai fait un stage dirigé par Vittorio Bergamaschi qui s’adresse aux photographes souhaitant se perfectionner dans la prise de vue en studio. A Londres, j’ai suivi une formation "Reflexion Business". Il s’agit d’un programme centré autour du consommateur pour apprendre dans la bienveillance et le professionnalisme les bons réflexes pour créer/développer un business pérenne.

EF : Concrètement, quelles solutions ou trucs as-tu mis en place pour adapter ton activité à chaque nouvelle installation à l’étranger ?

DV : Je ne sais jamais combien de temps je vais rester dans un pays, alors je me lance à fond à chaque fois comme si j'allais y rester toute ma vie. 
Les trucs et astuces ??? Le sourire, une carte de visite et ne pas hésiter à dire ce que je fais, car la première question qu'on nous pose à nous « les femmes d’expat », c'est « Que fait ton mari ? Dans quelle boîte travaille-t-il ? » mais jamais "Et toi, tu travailles ?"
Alors je réponds toujours avec "le sourire", mon mari travaille chez … et moi je suis photographe portraitiste installée ici. 

EF : D’après toi, en quoi ton séjour à Shanghai peut te servir à développer ton projet professionnel ?

DV : En Chine, il y a la politique de l'enfant unique. J'ai donc monté un projet sur ce sujet à Shanghai. L’idée est la suivante : un studio de photo qui se déplace dans l'entreprise pour photographier les enfants et leurs parents sur leur lieu de travail. Les enfants passent un moment dans le bureau de papa et/ou maman et comprennent pourquoi papa et/ou maman travaille(nt) autant. Les parents peuvent expliquer leur travail à leur enfant. C'est, encore une fois, un moment unique dans la vie de chacun et un beau souvenir à garder sur son bureau.
Pour les familles d'expatriés, comme je le disais précédemment, plus on est loin de son pays d'origine et plus on a envie d'immortaliser des moments importants de la vie afin de garder un souvenir et de pouvoir les partager avec la famille et les amis. Par conséquent, il y a beaucoup de demandes ici. 
J'ai la chance d'avoir un grand espace chez moi ou j'ai installé mon studio. Il y a des boîtes de déguisements, des jeux pour les enfants, etc .. Tout le monde se sent bien pendant que je fais mon shooting. Je peux travailler de chez moi en toute liberté.

EF : Qu’est-ce que t’apportes l’expatriation d’un point de vue professionnel ?

DV : J'ai de la chance de pouvoir rencontrer des personnes de nationalités différentes et qui ont des besoins différents. J’ai donc appris à me diversifier et à m'adapter aux besoins de chacun. L’expatriation m'a apporté beaucoup d'idées, de techniques différentes, de flexibilité. 

EF : Et d’un point de vue plus personnel ?

DV : C'est une belle opportunité de pouvoir voyager comme nous, mais j'avoue que de se retrouver dans un pays qui n'est pas le sien cela n'est pas toujours facile. En Chine, le choc culturel est énorme. Il faut s'adapter et surtout ne pas abandonner … Changer de pays m'a apporté une grande ouverture d'esprit, des langues supplémentaires, et beaucoup d'amies. J'ai la chance de pouvoir tout remettre en question à chaque déménagement et de faire de ma vie ce que j'ai choisi de faire. 

EF: Qu’est-ce que tu apprécies le plus dans ta vie d’expatrié et pourquoi ?

DV : Partir à la découverte d'un nouveau monde, d’une nouvelle culture, de nouvelles langues, de belles images ... C'est tellement agréable d'apprendre et de voir des nouvelles choses, j'adore. 

EF : Et que détestes-tu le plus ?

DV : Je déteste les moments de solitude, les sept heures de décalage… C'est souvent au moment où l'on veut appeler ses ami(e)s en France qu'ils dorment, alors j'envoie un mail mais ce n'est pas pareil. 

EF : Quels conseils donnerais-tu à d’autres conjoints accompagnateurs souhaitant développer ou poursuivre leur activité professionnelle nomade ?

DV : Tout d'abord, il faut que la famille soit bien installée et que tout le monde soit heureux pour que l'on ait l'envie de se relancer dans le boulot. Pour cela, il faut prendre son temps et ne pas vouloir tout faire en même temps. Ensuite, profiter des moments seuls pour se poser les bonnes questions : comment vais-je commencer et par ou. Je pense qu'il est nécessaire de discuter avec les autres expats pour connaître les attentes du pays. 
Et surtout, la clef de la réussite de tout auto-entrepreneur nomade, c’est de toujours rester positif dans sa façon de parler. Le monde des expatriés est petit et tout se sait. Je préfère entendre « Tiens, il y a une nouvelle fille qui vient d'arriver, elle est photographe, elle a l'air motivée et son boulot a l'air vraiment sympa" que le contraire. 

EF : Merci Davina pour ton témoignage. 

dimanche 20 janvier 2013

Etre conjoint d'expatrié et auto-entrepreneur : avantages et inconvénients



La création d’une activité nomade peut être la solution idéale pour ceux ou celles qui vivent l’expatriation de manière récurrente et qui sont conjoint accompagnateur.


Dans un article récent, le site Femmexpat listait les différentes catégories de travail qui se prêtaient particulièrement bien à cette forme de nomadisme moderne qu’est l’expatriation récurrente. Un auteur comme Jo Parfitt avec son livre A Career In a Suitcase a depuis maintenant de nombreuses années vanté les mérites d’un tel choix. La lecture de son ouvrage m’a d’ailleurs fortement influencé à sauter le pas vers l’auto-entreprenariat sur le mode nomadique. Je vois de nombreux avantages à ce choix mais aussi des inconvénients.

Quels sont les avantages d’une activité nomade en expatriation ?

  • Un tel choix permet de privilégier et de mettre en avant ses passions. Quand on est passionné, on est plus motivé et donc on a plus de chance de faire aboutir positivement son projet. 
  • Avoir une activité qui nous suit permet d’être plus serein. Personnellement, savoir que je n’aurai plus à donner ma démission puis à rechercher du travail de manière systématique tous les trois ans, a été une vraie libération. 
  • Evidemment, opter pour l’auto-entreprenariat nomade permet une continuité professionnelle. Le projet professionnel devient un fil conducteur, un élément de stabilité dans un contexte de changement régulier. 
  • Un avantage de taille est la flexibilité professionnelle et personnelle que donne la mise en place d’un tel projet. L’entrepreneur nomade peut gérer son agenda comme il l’entend en fonction des contraintes de la famille expatriée (carrière de son conjoint, vie scolaire). Ce choix permet au conjoint accompagnateur d’assurer l’existence de son statut professionnel tout en restant le pilier de la vie familiale. 
  • Ce choix professionnel permet de gérer son projet à son rythme selon ses propres motivations mais aussi selon les expatriations. Je me rends finalement compte que l’expatriation porte mon projet professionnel dans le temps. C’est à la fois rassurant et motivant.

Quels sont les inconvénients d’une activité nomade en expatriation ?

  • Qu’on le veuille ou non, expatriation rime avec isolement et solitude, surtout au début d’un nouveau séjour à l’étranger. Etre entrepreneur nomade signifie souvent que son activité ne s’arrête pas alors que l’on change de pays. Or faire le choix d’une activité nomade signifie aussi souvent travailler la plupart du temps seul. Une nouvelle expatriation doublée d’une activité professionnelle nomade renforce un peu plus l’isolement et donc les risques qui y sont liés : le risque de perte de motivations et l’absence de lien social, couplés avec la problématique de la transition culturelle et du choc culturel sont un cocktail dangereux pour l’auto-entrepreneur nomade expatrié. 
  • Tout comme le télétravailleur classique, l’auto-entrepreneur nomade et expatrié – qui est donc souvent le conjoint accompagnateur – peut souffrir d’une frontière très floue entre sphère professionnelle et sphère privée. Mais contrairement à son collègue sédentaire dont le travail empiète souvent fortement sur la vie privée et familiale, c’est souvent la situation inverse qui se produit pour l’auto-entrepreneur nomade / conjoint accompagnateur qui est à la fois clef de voute et le protecteur de la stabilité familiale en expatriation. 

Et vous, qu’en pensez-vous ? Quelles difficultés rencontrez-vous si vous êtes à la fois conjoint accompagnateur et auto-entrepreneur ? Partageons nos expériences pour mieux vivre notre expatriation. 

Crédit photo : Free Digital Photo

lundi 6 août 2012

Interview avec une conjointe d'expatrié auto-entrepreneure


Stéphanie Tailleux
Une fois par mois, Expat Forever vous propose de rencontrer une femme expatriée, un expat auto-entrepreneur ou parfois les deux en même temps afin de mieux comprendre la vie au quotidien en expatriation. Ces interviews démontrent que l’on peut être un conjoint d’expatrié et se réaliser professionnellement. 
Ce mois-ci, j’ai rencontré Stéphanie Talleux qui est à la fois coach, formatrice en transition professionnelle et mobilité internationale et rédactrice spécialisée en expatriation. Elle vient de publier Conjoint d’expatrié, votre carrière continue ! aux éditions Studyrama Pro. 


Expat Forever : Bonjour Stéphanie. D’où êtes-vous originaire ?

ST : Du Pas-de-Calais ! Je reste très attachée à ma région d’origine.

EF : Où vivez-vous actuellement et depuis combien de temps ? 

ST : Je vis à Paris depuis novembre 2010.

EF : Vous avez été expatriée à Londres, Singapour et Hong Kong. Pouvez-vous nous retracer votre parcours d’expatriée et votre ressenti personnel pour chacune de ces destinations ?

ST : Mon parcours d’expatriée recouvre presque toute ma vie de femme ! Ma première expatriation a été à Londres. J’ai toujours senti que l’on partirait un jour. J’ai d’ailleurs très vite géré la fin de mes études et le début de ma carrière en prévision de ce départ. Ce fût donc Londres, en 1998. J’avais 28 ans et mon deuxième enfant venait de naître. La découverte de la vie expatriée m’a libérée d’une injonction sociétale française : reprendre vite le travail à l’arrivée du bébé. J’avais un vrai besoin de vivre pleinement l’arrivée de mes enfants avec du temps pour eux, un temps que je ne compte pas, que je ne gère pas, un peu comme un animal. Dans la communauté expatriée, ce choix de vie est socialement accepté, mais aussi dans la société anglaise. Ce n’est pas forcément formidable pour le statut de la femme, pour son autonomie. Mais enfin, cela a parfaitement collé avec ce besoin personnel à cette période de ma vie. On peut dire que Londres a permis que je satisfasse ce critère personnel de réussite de carrière.
Très vite, après la naissance de mon troisième enfant, nous sommes revenus vivre à Paris. J’ai souhaité y conserver certains aspects de la vie londonienne : nous nous sommes installés près d’un parc et nous avons inscrit les enfants dans une école bilingue. Elles ont y ont retrouvé des enfants expatriés anglais, japonais, coréens, etc venus vivre à Paris. Nous avons souhaité qu’elles restent des « third culture children ». Nous-mêmes sommes restés des internationaux à vie…
Mon mari a ensuite souhaité travailler à Singapour. C’est vraiment là, à Singapour, que j’ai découvert la communauté expatriée. J’étais rédactrice en chef du magazine expat francophone local. Très vite, j’ai compris la valeur du rapport d’étonnement des nouveaux venus, et surtout des primo partants. Mais j’ai vite réalisé que certains sujets étaient difficiles à aborder : le malaise des femmes conjointes d’expatriés, les difficultés des adolescents, etc. Il fallait présenter l’expatriation sous son côté flatteur. Nous avons pu traiter certains sujets, d’autres ont été édulcorés avant de pouvoir paraître… C’est de cette manière que j’ai découvert ce que l’on appelle « le mythe sexy de l’expatriation ». J’ai aussi beaucoup appris sur les opportunités formidables du monde de l’expatriation dans l’acquisition de nouvelles compétences professionnelles. Bien abordé, ce passage peut constituer un véritable tremplin, ouvrir de nouvelles opportunités. J’ai commencé à construire un solide réseau professionnel à Singapour.
Nous sommes ensuite partis vivre à Hong Kong. Mon mari passait presque 50% de son temps en dehors de Hong Kong, je m’y suis donc sentie très seule. Sur place, j’ai commencé à modéliser les clés de réussite de la carrière du conjoint d’expatrié, en marge de mon travail de journaliste. J’y ai fortement consolidé mon réseau professionnel, plus que mon réseau affectif d’ailleurs. 
Nous sommes ensuite revenus vivre à Paris. Je suis heureuse de retrouver mon pays, mes amis et ma famille et de m’installer durablement sur le plan professionnel.

EF : Pendant cette longue période d’expatriation, comment avez-vous réussi à gérer votre carrière et votre statut de conjointe accompagnatrice ? 

ST : Cela s’est fait de manière empirique, comme de nombreux conjoints. Avec beaucoup de moments de solitude et de doutes. De manière informelle, une fois en expatriation, j’ai vite senti que la question de ma carrière n’était pas d’actualité. Il faut une belle dose d’énergie pour la remettre au premier plan. 
Dès mes études, la dimension internationale s’est imposée. Mon mémoire de fin d’études à l’Institut d’Etudes Politiques de Grenoble portait sur la gestion des ressources humaines à l’international, celui du Celsa ensuite s’intéressait à la communication interculturelle. J’ai formé ensuite des DRH à l’interculturel au sein d’un cabinet de consultants.
Après notre expatriation à Londres, j’avais perdu le fil de ma carrière. A cette époque, j’aurais eu besoin de faire un bilan et d’être accompagnée. Au contraire, j’ai agi de manière empirique aux côtés d’une amie aux prises avec les mêmes problématiques que moi : elle était de retour d’une expatriation en Australie. Je suis allée vivre à Singapour et elle est partie s’installer à Montpellier, nous avons suivi nos maris…
A Singapour, j’ai profité des opportunités offertes par le bénévolat en expatriation. On peut vivre en expatriation de véritables expériences professionnelles avec le même degré d’exigence qu’en entreprise. L’important est d’être au clair avec son objectif personnel. Le mien était de continuer dans la communication et d’y acquérir de nouvelles compétences. On m’a offert la possibilité de manager une belle équipe de rédaction. Je me suis lancée, c ‘était une expérience formidable. 
A Hong Kong, la société de mon mari m’a offert les services d’une coach pour retrouver un travail sur place, ainsi que des cours de langue. J’étais enchantée de cette opportunité. Mais cela a surtout été l’occasion de comprendre les insuffisances de ce type de prestations: incompréhensions interculturelles, aucun travail sur les freins personnels, pas de mise à profit des opportunités offertes par le monde de l’expatriation. Ce fût l’impulsion pour lancer mon propre projet !  Tout naturellement, de retour à Paris, j’ai suivi ma propre méthode pour me réinsérer professionnellement. 

EF : Aujourd’hui vous êtes coach, formatrice en transition professionnelle et mobilité internationale et rédactrice spécialisée en expatriation. Comment en êtes-vous arrivé là ?

ST : Je m’appuie bien entendu sur mes connaissances acquises en gestion des ressources humaines à Sciences Po et en communication interculturelle au Celsa. Et sur ma forte connaissance du milieu expatrié, de ses ressources et contraintes. 
Ma progression ne laisse désormais rien au hasard et permet de saisir toutes les opportunités : je suis ma méthode et je travaille sur mes trois axes : mon réseau, ma performance et mon image :
  • Ma performance : je me suis formée au coaching pour accroitre l’impact et l’efficacité de mes formations. J’ai ainsi adapté le meilleur des outils de coaching aux besoins des conjoints. J’accompagne mes clients dans la conduite de leur projet de manière personnalisée. Je rédige en outre un livre sur le changement de carrière avec 8 managers du réseau professionnel EPWN, ce qui me permet de mettre le doigt encore plus précisément sur les spécificités de la transition professionnelle en expatriation et d’actualiser mes compétences en ressources humaines. J’ai en outre suivi des séminaires de spécialisation au Celsa : techniques de recherche d’emploi, e-réputation, etc. je me forme en permanence.
  • Mon réseau : la construction de mon réseau est désormais une démarche professionnelle. Il me permet d’actualiser mes  compétences et d’en acquérir de nouvelles, de gérer ma visibilité et de me ressourcer. Depuis mon arrivée à Paris, j’ai enrichi mon réseau des meilleurs spécialistes en matière de mobilité internationale.
  • Mon image : mon livre est un des axes de communication sur mon expertise. Je travaille actuellement sur le site internet et le blog pour rester en contact permanent avec mon réseau et mes clients. 

EF : Votre livre Conjoint d’expatrié, votre carrière continue ! vient d’être publié aux éditions Studyrama Pro. Pouvez-vous nous en parlez un plus ?

ST : J’ai développé une méthode de conduite de carrière pour le conjoint d’expatrié. On sait très bien gérer les carrières linéaires en France mais on aborde beaucoup plus difficilement les carrières atypiques. Les Français ont un frein culturel par rapport à ce type de carrière, principalement parce qu’ils n’ont pas appris à la conduire. Le conjoint d’expatrié vit une situation particulière : d’une part, il mène cette carrière dans un milieu inconnu et il lui faut apprendre à repérer les opportunités offertes par l’expatriation pour son projet professionnel. Il faut bien reconnaître que la carrière du conjoint est rarement une priorité pour l’entreprise, dans la communauté expatriée et même au sein des couples. Par conséquent si il existe une vraie culture de l’accueil en expatriation, la culture de l’accueil du conjoint en tant que professionnel en recherche d’emploi est rare. Le conjoint en arrivant dans un nouveau pays constate qu’il a perdu de nombreux points d’appui (une langue dans laquelle il est performant, un réseau, un environnement connu, etc.), mais il est totalement aveugle sur les opportunités qui s’offrent à lui. Le partage d’expérience est rare sur ces points.
Ce livre pallie cette carence. Vous y découvrirez ma méthode et de nombreux outils pour conduire votre carrière en tant que conjoint suiveur en expatriation. Il s’adresse aux conjoints, une population qui me tient à cœur, mais il est tout aussi efficace pour les personnes qui souhaitent chercher un travail à l’étranger en solo. Il propose un portrait réaliste du monde de l’expatriation, de ses dangers mais aussi de ses opportunités. J’aborde la question de l’efficacité professionnelle dans ce contexte mais aussi dans une très large mesure celle du bien-être car il est indispensable à cette efficacité. Il dévoile ainsi la face cachée de l’expatriation, sans langue de bois.

Le livre de Stéphanie Tailleux


EF: Quels conseils d’ordre personnel et professionnel donneriez-vous à d’autres conjoints accompagnateurs qui s’apprêtent à suivre leurs partenaires à l’étranger pour la première fois ?

ST : Avant tout se donner le droit de construire son propre projet, personnel et professionnel. On a trop souvent tendance à se mettre au second plan de celui de l’expatrié. Puis s’en donner les moyens en construisant en quelque sorte un contrat d’expatriation avec son conjoint où chacun exprime ses vrais besoins et ses souhaits pour cette nouvelle aventure. 
Et surtout, surtout prendre soin de son bien-être. 

Merci Stéphanie pour cet interview et votre livre qui repondent à la realité du conjont d'expatrié.

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