lundi 29 novembre 2010

Le décalage inévitable du conjoint accompagnateur en expatriation.

Sources : Photo libre de droit
Ce matin, nous avons reçu un appel téléphonique d’un couple d’amis français rencontré lors de notre séjour en Norvège (1999-2002). Ils l’ont quitté peu de temps avant nous pour retourner en France. Bien qu’il ne soit pas toujours facile de conserver des amitiés lorsque l’on est expatrié (ce sera l’objet d’un autre billet), nous avons su et pu garder le contact avec A. et B. Ce matin, ils nous ont annoncé leur récente installation en Jordanie après 10 ans en France. 
B., conjointe accompagnatrice de A., et moi avons évoqué les joies et les difficultés d’un tel changement de vie. De cette discussion, il émerge un mot clef qui résume assez bien la situation du conjoint accompagnateur lors de son arrivée dans un nouveau pays. Il s’agit du mot : DECALAGE.

 Le décalage peut prendre plusieurs formes :
  • le décalage social : lorsque l’on suit son conjoint en expatriation, on abandonne souvent un métier, un emploi, bref un projet professionnel qui jouait un rôle clef dans notre identité et donc dans notre statut social. D’un coup, tout cela disparaît. 
  • le décalage relationnel au sein du couple expatrié : du décalage social nait aussi très souvent un décalage par rapport à son conjoint. Au conjoint expat revient l’emploi du temps professionnel surbooké alors que le conjoint accompagnateur est souvent cantonné, du moins au tout début, aux tâches privées d’ordres domestiques, administratives et logistiques que certains et certaines d’entre nous peuvent trouver moins valorisantes. Ce déséquilibre professionnel (parfois temporaire, parfois sur la longue durée) peut avoir un impact direct sur les relations au sein du couple et donc sur l’ambiance familiale. 
  • le décalage culturel : où que vous alliez, il se profilera tôt ou tard à l’horizon. Les différences culturelles sont inévitables et peuvent rendre plus difficile un séjour à l’étranger. Lors de mon départ pour les US, je m’étais dit que cette expatriation serait plus facile que les précédentes car je parlais déjà la langue mais aussi parce que je pensais que les américains et les européens n’étaient pas si différents que cela. Grosse erreur de jugement de ma part !
  • le décalage économique : soyons honnêtes, l’expatriation permet la plupart du temps d’avoir des revenus personnels beaucoup plus élevés que lorsqu’on vit en France. Du coup, le décalage économique peut être important, surtout si l’on part vivre dans un pays en voie de développement. Il est parfois difficile de se faire à l’idée que l’on est « riche » aux yeux des locaux alors que l’on sait soi-même d’où l’on vient et ce que cela a impliqué pour y arriver. Par exemple, à Sri Lanka, j’ai eu la chance d’avoir du personnel de maison mais j’ai eu aussi beaucoup de mal à l’assumer au début car cela ne collait à l’image de femme dynamique et autonome que j’avais de moi-même et aussi à mon modèle familial. Il m’a fallu un certain temps pour accepter la situation. 

Et vous, avez-vous vécu des décalages que je n’aurais pas mentionnés ? Partageons nos expériences pour mieux vivre notre expatriation.

19 commentaires:

  1. En ce qui concerne le décallage social, on peut lutter contre assez facilement, il suffit d'avoir une carte sim internationale www.travelcashmobile.com et où que vous alliez vos contacts peuvent vous téléphoner et rester en contact, vous recevez les appels gratuitement dans plus de 80 pays, c'est déjà un bon moyen, rien ne remplacera la voix.

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  2. 100% d'accord avec le décalage culturel aux USA. C'est aussi notre expérience. Aussi pour le conjoint c'est a mon sens important d'avoir une activité hors du cadre domestique. Idéalement travail, communautaire ou autre. L'isolement est a mon sens le risque numéro 1.
    En revanche cote économique pour nous c’était plutôt l'inverse. On s'est retrouve en Californie avec un revenu inférieur au revenu médian alors que nous étions a environ 3x le revenu moyen en IDF. Pas forcement le genre d’expérience que l'on recherche, mais très intéressant et enrichissant.

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  3. Merci JC pour ce commentaire utile.
    Je suis d'accord avec vous, le danger principal pour le conjoint accompagnateur expatrie (CAE) est l'isolement. Une fois l'installation faite et une routine instauree, il faut que le CAE ait un projet professionnel, associatif, creatif, peu importe mais quelque chose qui motive, sinon la depression n'est pas loin, surtout quand on a ete tres actif professionnellement auparavant. Bien que certain ou certaine y voit l'occasion d'une pause, mais je n'y crois pas trop, cela n'a qu'un temps.
    Votre remarque sur le decalage economique est tres interessante. Cela remet les choses en place. Il est vrai que dans certain cas, l'expatriation n'est pas forcement positive de ce point de vue la, car la plupart du temps l'un des conjoints renonce a son emploi et donc a son salaire.Et il n'a pas forcement d'emblee un emploi a l'arrivee dans le nouveau pays ... ou n'a tout simplement pas le droit de travailler. Il faut bien tout calculer avant de se lancer dans l'aventure.
    Merci encore pour votre contribution et a bientot sur Expat Forever.

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  4. Merci pour ce billet qui met des mots sur mes sentiments profonds.
    Pour ma part, nous sommes expatriés depuis 5 ans, tout d'abord 3 ans au Moyen Orient où j'avais une activité professionnelle et depuis 24 mois en Allemagne où j'ai mis plus de 18 mois à me rendre compte que la place de la femme n'était pas la même qu'en France ! Si vous avez un métier d'homme (je suis ingénieur) et que votre mari gagne bien sa vie, pourquoi prendriez-vous le travail d'un allemand ? Grosses grosse déception.... et dur dur à encaisser....
    De plus, étant dans une petite ville, notre vie sociale est nulle... impossible de rentrer dans un cercle allemand (je parle pourtant la langue!), pour exemple : je fréquente depuis 2 ans une salle de sport, on ne m'y a jamais adressé la parole, on ne répond même pas à mes "bonjours"..... dur dur!

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  5. Bonjour Chris,
    merci pour votre commentaire. Ne soyez pas dure avec vous-meme. J'ai mis personnellement dix ans a comprendre qu'en tant que conjointe accompagnatrice il ne fallait plus que je raisonne en terme de carriere. Cela a aussi ete tres dur pour moi d'admettre qu'apres toutes ces etudes (j'ai un doctorat en Science Politique), je n'allais pas pouvoir enseigner comme je le souhaitais (probleme de langues a apprendre a chaque expat, autorisation de travail, j'en passe et des meilleurs). Ce que j'ai compris apres 10 ans (je suis encore plus longue que vous!), c'est qu'il faut:
    - penser sur le long terme et non pas uniquement le temps d'une expat dans un pays.
    - s'impregner a fond de la culture locale et valoriser ces connaissances et competences acquises.
    - penser en terme de projets et non pas de carriere par rapport a son activite professionnelle et pourquoi ne pas creer sa propre activite.
    Je vous encourage a lire les livres de Robin Pascoe, Jo Parfitt et Natalie Tollenaere.
    A tres bientot sur Expat Forever.

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  6. recherche de témoignages d'expatriés!

    Bonjour!

    Dans le cadre d'une recherche universitaire (en psychologie du travail) , je recherche des personnes francophones expatriées pour des raisons professionnelles
    et prêtes à partager leur expérience.

    L'objectif est de mieux comprendre le lien entre les conditions de travail, l'intégration dans la société d'accueil et l'épuisement des expatriés (ou burnout).

    Cette recherche se base sur un sondage, totalement anonyme, qui est disponible en ligne à ce lien (copier-coller dans la barre d'adresses):

    https://spreadsheets.google.com/viewform?hl=fr&formkey=dGxSVms0bFVQVGRKYXpPZ2pSYmdoQ2c6MQ#gid=0


    En prenant quelques minutes pour y répondre, vous (ou votre conjoint) enrichiriez grandement cette recherche!

    Je vous remercie pour la suite que vous donnerez à ma demande!

    Irène.

    ps: bien entendu, vous pourrez avoir accès aux résultats de la recherche.

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  7. Je suis d'accord avec ce qui est dit plus haut.

    L'inconvenient est que nous vivons dans une societe ou seules les activites remunerees sont valorisees. Je fais plein de choses passionnantes et intellectuellement stimulantes en Inde: ne serait-ce que tenter de comprendre et decouvrir le pays! Mais je ne gagne pas d'argent. D'ou en reponse a la fameuse question: "Qu'est ce que tu fait en Inde ?" ou mieux, "Que fais tu de tes journees", je me retrouve a enumerer une serie d'activites heteroclites, voire de justifications, qui me donnent le sentiment d'etre une oisive de la societe bourgeoise du XIXeme siecle (quoique cette notion se discute).
    J'avais travaille, de maniere remuneree, lors de mes 2 precedentes expatriations, Singapour et Coree, et avait donc un ressenti bien different.
    Le fait de ne pas "contribuer a la marmitte" accentue aussi le decalage avec le conjoint, qui peut oublier que son epouse est tout aussi formee et tres capable dans le monde professionnelle.
    Enfin, le risque a terme - et c'est une question que je me pose souvent: " Que ferai-je en France, suis je "recuperable" pour le systeme au retour."

    En revanche, j'ai la chance de pouvoir vivre mes passions sans contraintes financieres. Je fais ce que j'aime, qui m'epanouis, qui m'interesse. Qui plus est j'ai du temps pour mes enfants, du temps pour decouvrir, du temps pour voyager. Apres tout, pourquoi devoir toujours se justifier de ne pas etre esclave de l'obligation de rentabilite qui domine nos societes ?
    PS: avoir mon blog me permet d'echapper a l'image de la vieillissante idiote qui pourrait me guetter, meme si ce n'est pas ma premiere motivation ;-)
    PSbis: c'est la moderation systematique sur votre blog ? Voila plusieurs fois que je laisse des comm mais rien n'apparait jamais ?

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  8. @Bombay Magic: Je suis 100% d'accord avec vous. Merci pour ce commentaire tres interessant qui pose la bonne question a savoir le retour en France. J'essaie aussi de garder cela en tete et de voir comment chaque activite pourra etre reutiliser lors du retour. Pas toujours facile.

    Pour vos commentaires, je viens effectivement que plusieurs d'entre eux n'apparaissent pas alors que je les ai publies. Mais Blogger a eu un bug pendant 24 heures et j'ai l'impression que tous les commentaires que j'ai valide n'apparaisse pas. Arghh ! les joies d'internet.

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  9. Je saisis une double opportunité:
    D’abord je voulais vous féliciter pour la qualité de ce blog et de vos articles et aussi vous tirer mon chapeau pour la création de writer forever.

    Les décalages dont vous parlez sont ceux-là même qui m’ont amené à créer mon entreprise en Suisse pour soutenir les conjoints d’expatriés qui souhaite poursuivre leur carrière. La Suisse présente plus de points communs avec les États-Unis qu’on le pense, mais c’est une autre discussion…
    Je rajouterais le décalage professionnel comme un point à part entière car malheureusement ce décalage perdure bien au-delà de l’expatriation et l’employabilité d’une CAE est réellement affectée par ces « pauses » ou « sauts » de carrière répétitifs surtout pour les Françaises qui aux yeux des employeurs n’ont que peu droit aux parcours en pointillé.
    Heureusement, de plus en plus de femmes se lancent dans leur propre entreprise et inventent des nouveaux concepts de carrière portable comme vous l’avez fait avec writer forever.
    Merci encore de partager ce blog avec nous.
    Sandrine

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  10. Merci beaucoup Sandrine pour ces encouragements qui me font chaud au coeur.
    J'adhere completement a ce que vous dites sur les problemes d'employabilite des conjoints expat dans un contexte francais. Neanmoins, il y a des opportunites et il faut savoir valoriser son parcours. Cela a fonctionne pour moi lors de mon dernier retour en France. Mais je me pose vraiment la question de savoir si cela fonctionnera encore alors que j'aurais plus de 40 ans :)
    Je pense vraiment que dans le cas de conjoint expat il ne faut pas raisonner en terme de carriere mais plutot de projets, c'est plus flexible. Et comme vous le dites, les conjoints expat doivent priviliegier des projets portables, nomades. Je pense que c'est la seule et meilleure solution pour pouvoir avoir une vie de mobilite epanouie. Attention, je n'ai pas dit que c'etait facile ...
    A bientot sur Expat Forever.

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  11. C'est à mon avis une erreur de faire croire aux conjointes accompagnatrices que les hauts revenus dégagés par leur mari grâce à l'expatriation sont automatiquement et nécessairement considérés comme les revenus "du ménage" (c'est-à-dire des revenus communs)... Au fil des années, certains hommes, au faîte de leur gloire professionnelle, au plus haut de la vague de leur crise de la 40aine, et aux prises éventuelles de jeunes beautés autochtones peu farouches et déterminées, en viennent à considérer leur épouse comme une "bobonne" embourgeoisée et vieillissante, dont la valeur ajoutée dans le parcours de leur réussite professionnelle est tout simplement oubliée, voire niée. Ces hommes estiment alors que le salaire "gagné à la sueur de leur front" est le LEUR et non celui du couple, et encore moins, même partiellement, les revenus de "bobonne" qui (croient-ils) ne fait que se dorer la pilule.
    Cet argent, puisque c'est eux qui le gagne, est le LEUR et ils en font ce qu'ils en veulent EUX.... Les projets de madame, leur financement, sont alors subordonnés au bon vouloir de monsieur. Et dans ce dernier cas, croyez-moi, il n'y a plus de bon vouloir... : Madame est en fait financièrement dépendante, géographiquement isolée, socialement et psychologiquement prisonnière. Et Monsieur versera la part contributive qu'il veut, sans grand recours possible, sa femme devant avaler des couleuvres avant de ravaler ses larmes.
    Et que dire du divorce... ? avec un époux qui dissimule ses revenus, les place sur des comptes off shore (facile, à l'étranger) pour réduire comme peau de chagrin le patrimoine commun du couple en vue de l'inévitable liquidation du régime matrimonial...
    Cessons de faire croire que le salaire de monsieur appartient aussi à madame : c'est juridiquement FAUX (surtout pour les régimes matrimoniaux de séparation de bien ou de participation aux acquêts) et cette erreur d'appréciation et de compréhension est lourde de conséquence. Vous comprendrez que je parle de vécu, réalité découverte trop tardivement et dans la douleur !

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  12. je comprends votre désespoir, alors qu'avez vous fait pour rebondir? et quelles leçons pourriez vous transmettre aux personnes qui risquent par "idéalisation" semble-t-il, de se retrouver dans la même situation que vous? votre témoignage me touche et s'il me touche c'est vous avez la force d'en témoigner même anonymement sur ce forum, et je trouve intéressant qu'il ait été publié.
    Les erreurs peuvent être précieuses notamment pour tous ceux qui consultent ce forum, c'est là votre force.

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  13. C'est en réalité en retravaillant que je me suis véritablement rendue compte de l'étendue de mon erreur d'appréciation sur la notion de "revenus communs". Moi, je mettais tout ce que je gagnais sur le compte commun. De ces revenus "communs", j'espérais que nous financerions un projet "commun" fort (en l'occurrence l'achat d'un bien immobilier en France pour garantir notre retour et matérialiser notre sécurisation financière).

    Je me suis progressivement aperçue que mes aspirations de sécurité (qui pour moi constituait une nécessité de point fixe dans tout ce fatras de mutations géographiques) n'étaient pas ceux de mon cher et tendre époux.

    En voulant réintégrer le monde du travail (ce qui n'a pas été facile du tout : 45 ans, 4 enfants, femme de cadre sup, loin de chez elle, belle maison louée par la boîte, bref, l'image de boubourge ! ce alors même qu'avant les multiples périples d'épouse accompagnante, je travaillais), j'ai réappris à me réécouter MOI.

    La reconquête de ma toute petite autonomie financière a eu pour effet de m'amener à rediscuter de la part contributive de l'un et l'autre dans notre mariage, de la part de l'un et l'autre dans le financement d'un projet commun, dans celui de l'épargne destiné aux enfants, dans l'argent de poche que chacun s'accordait. Et donc de la place de chacun de nous deux dans notre mariage : égalité ? soumission ?

    Bref, mon auto-rééducation à penser en tant qu'individu et non en tant que moitié amoureuse et confiante a fait émerger la nécessité d'une mise à plat des liens de pouvoir et des forces décisionnelles au sein de notre couple. Qui décide de quoi ? Pourquoi a-t-il le droit de décider seul ou non.

    Je gagnais moins que lui. BEAUCOUP MOINS. Mais je croyais (naïve que j'étais) que ma contribution matérielle et sociale (m'occuper des 4 enfants, gérer le quotidien, les déménagements, les réinstallations, la mise en branle d'un réseau social favorable à notre intégration - tout ça réussi) VALAIT aussi quelque chose puisqu'elle dégageait mon mari de toutes les préoccupations d'intendance et lui permettait d'être au front professionnellement.

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  14. Je termine (excusez-moi, je suis longue !)

    Et ce d'autant plus que sa carrière à lui avait très favorablement évolué notamment parce que, de mon côté à MOI, j'avais accepté de le suivre de nombreuses fois, même au bout du monde, en lâchant mon travail, ma famille, mes amis, mon environnement pour le bien de sa carrière (et de notre famille - le fameux "NOUS" - enfin c'est comme ça que je pensais à l'époque).

    Mais non hélàs ! Mon mari avait pris la main. Oh, je pouvais garder ce que je gagnais comme argent de poche, ça ne le dérangeait pas ! Par contre, pas question pour moi de discuter du bienfondé des investissements qui me tenaient à cœur.

    La relation de pouvoir instauré au sein de notre couple étant directement liée au montant des sommes gagnées, mon pouvoir décisionnel se réduisait à presque rien puisque je ne gagnais presque rien : CQFD !

    En cherchant à comprendre, j'ai surtout cherché tout court ! Et ce que j'ai trouvé n'a pas été bien beau.

    Oui, j'ai découvert qu'il organisait sournoisement DEPUIS DES ANNEES mon insolvabilité.

    Et maintenant, c'était lui le chef car c'était lui qui gagnait le plus. Je n'avais rien à dire parce que c'était SON argent.

    La violence de cette logique m'a atterrée.

    Je me suis rendue compte de la précarité de ma situation. En gros : je devais la fermer parce que je n'avais pas les moyens de l'ouvrir... Et que je n'aurai jamais les moyens de l'ouvrir puisque mon statut de salariée restait soumis aux aléas des mutations de mon cher et tendre (donc démission de ma part !). J'étais soumise à sa loi par dépendance économique.

    En réouvrant un petit peu la fenêtre de mon indépendance financière et sociale, il y a eu un grand appel d'air...

    Alors je suis partie. Je divorce à l'autre bout du monde. J'ai la garde de nos 4 enfants. Je retravaille à plein temps mais compte surtout me réinstaller en France. Pourquoi resterai-je à l'autre bout du monde alors que je ne suis venue que pour sa carrière à lui, que les enfants sont amenés à partir pour leurs études, que lui aussi partira pour une autre promotion... ? Serai-je ainsi le dindon de la farce ?

    Je termine ce long monologue en insistant sur un point : j'espère que chacun aura compris que je ne parle pas ici d'argent. L'argent n'est qu'un vecteur, la matérialisation de la main mise du pouvoir. Je parle de relation dominant/dominé. Je parle de violence conjugale larvée.

    Ca peut aussi donner tout ça l'expatriation : un mec qui prend la grosse tête et qui finit par traiter sa femme comme bobonne... Beaucoup de femmes le vivent. Beaucoup de femmes le taisent...

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  15. Merci Anonyme pour votre témoigne sur mon blog. J'aimerais que d'autres femmes témoignent davantage de la sorte. En effet, l'expatriation est toujours montrée de manière extrêmement positive sur internet. S'il est vrai que c'est une expérience unique et très riche, elle ne fonctionne pas toujours (en fonction des pays, des cultures) mais aussi en fonction de son âge, d'où on en est dans sa vie et dans son couple.
    Néanmoins, chacun vit l'expatriation à sa manière car chacun est différent, chacun vit une relation de couple unique. Mais il est vrai que l'expatriation peut transformer un couple car elle change un homme et une femme. La communication doit rester au centre de la relation et il est vrai que c'est plus facile à dire et à écrire qu'à faire.
    Je vous souhaite le meilleur pour la suite : une nouvelle vie, une nouvelle indépendance sur tous les fronts. À très bientôt sur Expat Forever. Véronique.

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  16. Merci Véronique.

    Si je peux encore donner un autre angle de vision sur l'expatriation, ses avantages et ses revers, c'est aussi sur la question de la "lisibilité" de son parcours en tant que femme accompagnatrice.

    Je me suis beaucoup interrogée sur la souffrance que j'ai eu à gérer sur les notions de stabilité, de sécurité, du "pourquoi" de déménager tt le temps en courant derrière un mari qui courait après une nouvelle promotion de peur de se retrouver dans un placard...

    La notion du temps m'a finalement paru assez étrange.

    Un beau passé, avec des rencontres de gens souvent chouettes, des découvertes de modèles sociaux que je n'étais pas destinée à faire, l'apprentissage de relations mondaines d'un autre temps (cocktails en robe très habillée, les soirées Grand Blanc et Petit Blanc chez les militaires : tout un monde, une vrai périple initiatique !).

    Un présent agréable : souvent belle maison, apparente aisance financière, vie sociale intense....

    Un avenir angoissant : avec tous ces changements de lieux de vie, j'ai fini par avoir l'impression de vivre dans une caravane ! Une caravane dorée, mais une caravane quand même. Rien n'était à "nous", rien n'était investi, stabilisé, anticipé. Après le côté "rigolot" de la découverte d'un nouveau monde, j'ai trouvé celui-ci rapidement futile et fat... Des expatriés imbus d'eux-mêmes, estimant la valeur des gens à celle de leur portefeuille apparent ou à la fonction exercée du moment. Des épouses souvent crispées et pas très à l'écoute des désarrois rencontrés par leurs congénères (infidélité, notamment : elles y passaient aussi, fermaient les yeux, alors peu étaient prêtes à compatir au drame intime vécu par certaines, le même que le leur, qu'elles avaient soigneusement caché, trouvant leur satisfaction en jouant au couple parfait durant les cocktail). Souvent du faux, souvent du toc.

    C'est surtout la révélation de la précarité de ma situation qui a fini par me sauter aux yeux.

    Ma situation d'épouse accompagnante m'interdisait toute construction pérenne qu'elle quelle soit (professionnelle, immobilière...)

    Tout projet professionnel était voué à s'arrêter à chaque mutation de mon mari, avec, contrairement à lui qui "montait en grade", moi qui devais tout recommencer à zéro.


    J'ai découvert qu'en expatriation, celui qui suit n'est en réalité jamais solvable ni autonome, et ce même s'il retravaille !

    Faute d'emploi stable, il lui est impossible d'acquérir une visibilité financière suffisante pour réaliser, seul, de ses propres projets, et ce pour la simple raison qu'AUCUNE BANQUE NE PRETE LE MOINDRE SOU A CELUI QUI A UN EMPLOI PRECAIRE !

    Je me trouvais donc prise dans un système où j'étais définitivement soumise au bon vouloir de Monsieur Mari, et ce même si je réussissais à retravailler ! Un comble !

    Alors pourquoi tout ça ? Pourquoi tous ces efforts, tous ces sacrifices pour, finalement, n'arriver à la réalisation d'aucun des projets pérennes qui me tenaient tant à cœur (avoir une maison de famille à nous, y mettre nos affaires, nos meubles, me projeter dans un avenir de retraite enfin stable : mon cocon, mon repaire). CONSTRUIRE sur du dur malgré toute cette mouvance professionnelle actuelle.

    C'est la peur qui m'a fait arrêter tout ça. A la fin, la panique de ne plus rien maîtriser de ma vie.

    L'impression d'aller droit dans le mur avec un mec qui, en pleine crise de la cinquantaine, débloque total, qui fuit, qui se fuit justement grâce à la cadence des mobilités professionnelles, tout ça à l'autre bout du monde, avec 4 enfants à charge.

    J'ai tout stoppé. Je vais mieux. Je me retrouve à pouvoir enfin rendre lisible le cours de ma vie et de mes choix.

    Mais c'est dur !!!


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  17. Merci Anonyme pour ce témoignage et bravo pour avoir repris en main votre vie. Véronique.

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  18. Je suis en train de divorcer de mon mari, nous sommes expatrie depuis plus de 15 ans. Le taux de divorce chez les expats est de 50% de plus que le moyen. Je n'y ai pas pense avant de le decouvrir ses intentions. Je m'inquiete beaucoup du deroulement des separations des finances et l'inegalite entre nos revenus - moi 0 et lui beaucoup. La valise doree! Comment puisse je contribuer financierement aux besoins des enfants apres l'announce du divorce si je suis dans un pays sans l'autorisation de travailler? Faire des choix pour moi-meme quand je pense a la stabilite des enfants - c'est difficile. Conseil et encouragement sont la bienvenue! Je connais d'autre epouses qui sont heureux de l'expatriation, mais pour moi en je pense pour beaucoup entre nous, c'est l'inegalite qui s'installe et qui encourage une relation de dominateur/opprimee.

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    1. Bonjour, merci pour votre témoignage. Je vous souhaite de vite retrouver un équilibre dans votre vie. À bientôt sur Expat Forever.

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